PAUL BLEY par Pierre Durand

Il y a des gens qui marquent… Il y a des gens qui vous façonnent presque pour toujours dans une façon d’aborder les choses.
Paul Bley a été cette empreinte pour moi.
Grâce ou à cause de lui, c’est selon, je suis animé par trois idées:
– Ne pas jouer 2 fois la même chose dès que la moindre petite lucarne de nain est entrouverte.
– Essayer d’écouter mon instinct le mieux possible et le plus souvent possible.
– L’improvisation est un art absolu qu’on ne maîtrise jamais.

Pour vous situer le mec, on raconte qu’il est rentré une fois dans un club de la rue des Lombards. C’était il y a un peu moins de 20 ans.
Un gros fan de Coltrane jouait ce soir-là, comme on dirait aujourd’hui un clone de Mark Turner ou de Chris Potter.
« Tiens Coltrane joue ce soir… dit-il en entrant dans la salle… avant de faire demi-tour et ressortir aussitôt en disant « Ah non, c’est vrai, il est mort… »
Jouer qui on est, avec nos faiblesses, nos défauts, nos qualités, en essayant jour après jour de les corriger mais sans les cacher pour autant.
Voilà l’esprit de Paul Bley… L’anti fake… L’anti win attitude, quoi.

Voilà pourquoi cet homme dont l’intégrité et la quête sans concession de sa vérité n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait. Et il l’a méritait plus que largement.
Difficile de trouver un article qui le citera parmi les influences majeures des improvisateurs. Alors qu’il l’a été, magistralement.
L’Art de l’improvisation perd avec Paul Bley l’un de ses plus beaux défenseurs.
Paul Bley est mort et il a montré le chemin.

Jarrett a dit que bien que l’improvisation soit un des arts les plus ultimes en musique, il était pourtant l’un des plus maltraités et mal considérés.
C’est tristement vrai.
L’art de l’impro c’est une mise en danger avec laquelle on ne triche pas.
C’est une remise en cause perpétuelle.

Simenon disait qu’il préférait qu’on ne l’aime pas pour ce qu’il était plutôt qu’on l’aimât pour ce qu’il n’était pas.
Et bien vous savez quoi, je me suis toujours dit que c’est une phrase qu’aurait adoré Paul Bley.

A l’heure de la pop mise à toutes les sauces, et pourtant j’adore la pop dans sa recherche du son, l’heure n’est pas au risque car tout est «control freaké».
Aujourd’hui on nous vend l’interprétation comme de l’impro.
L’époque n’est pas au goût du risque et ça se comprend.
Quand on ne sait pas si on va pouvoir rembourser le crédit de la maison, si on va faire partie de la prochaine charrette, c’est sûr qu’on a envie de sentiers balisés au cinéma, en musique ou en littérature. Le risque, les gens le vivent suffisamment au quotidien.

Si vous pensez que je raconte n’importe quoi et que si c’était un mec si important que ça, ça se saurait… et bien sachez qu’il est une des influences les plus importantes de Keith Jarrett.

Et si vous ne me croyez toujours pas, voilà 2 liens, qui montrent combien Jarrett a été influencé par lui.

https://www.youtube.com/watch?v=EYnrtXiA0TA
https://www.youtube.com/watch?v=AUsFxL6tWUo

 

Pierre Durand                   Guitariste/Improvisateur

 

2 réflexions sur “PAUL BLEY par Pierre Durand

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